Thème: la vie en société

Ça discute, ça boit, ça fume

 

 

M. Tenret

Ah ! Bonjour, madame Garcia, content de vous voir.

Mme Garcia

Bonjour monsieur Tenret. On ne se voit plus beaucoup maintenant que je travaille dans les deux autres immeubles.

M. Tenret

Oui. Et c’est bien dommage parce qu’il y en a qui en profitent !

Mme Garcia

Qui en profitent… ?

M. Tenret

Avant, quand vous étiez sur place, on n’avait pas de souci, pas de bruit. Maintenant, tous les soirs, il y a une bande de jeunes qui fait un raffut pas possible. Ça discute, ça écoute de la musique, ça boit, ça fume je ne sais trop quoi. Et tout ça juste sous nos fenêtres. C’est pas possible ! On peut plus se reposer…on ne peut même plus écouter la télé. Moi, j’ai l’appartement juste au-dessus. C’est infernal !

Mme Garcia

Mais ça fait longtemps que ça dure ?

M. Tenret

Environ 3 semaines. Et pratiquement tous les soirs… Je travaille, moi. Je suis fatigué. J’ai besoin de me reposer quand je rentre.

Mme Garcia

Pourquoi vous ne m’en avez pas parlé plus tôt ?

M. Tenret

Ben, vous n’êtes jamais là. Le matin, quand je pars au boulot, vous n’êtes pas encore arrivée et le soir, quand je rentre du boulot, vous êtes déjà partie.

Mme Garcia

Oui, je sais. Ce n’est pas facile pour les locataires. Mais vous pouvez m’appeler. Il y a mon numéro affiché là sur le panneau dans la cour. N’hésitez pas !

M. Tenret

J’ai pas que ça à faire, moi. Et puis j’avoue. J’aime pas les conflits. Moi, ce que je veux, c’est la paix. Chacun chez soi. Ils ont bien un chez eux, ces jeunes ? Pourquoi ils ne vont pas faire leur «cheni» chez eux ?

Mme Garcia

Je vais leur parler. Je serai là ce soir, en fin de journée et j’attendrai jusqu’à ce qu’ils viennent.

M. Tenret

Bon. Merci. Excusez-moi, j’avoue que je suis d’un tempérament plutôt calme…

Mme Garcia

Je sais…

M. Tenret

Mais là, j’en peux plus.

Mme Garcia

C’est entendu. Je m’en occupe. Ne vous en faites pas. Laissez-moi faire.

M. Tenret

Eh bien, merci, madame Garcia. Au revoir. Et bonne journée. Au revoir, madame.

Mme Garcia

Au revoir, monsieur Tenret.

Adelina

Bonjour, monsieur !

Yohann

Bonjour, monsieur !!

M. Tenret

Ouai, bonsoir ! Dites-moi, qu’est-ce que vous faites ici ?

Yohann

Nous ? On parle… Pourquoi ?

M. Tenret

Pourquoi ? Parce que vous êtes là tous les soirs et que vous faites du bruit.

Adelina

On fait pas de bruit, monsieur, on parle, c’est tout.

M. Tenret

Est-ce que vous vous rendez compte ? Vous êtes là tous les soirs, à 5 ou 6. Vous criez, vous écoutez de la musique… Il y a des gens dans l’immeuble qui sont fatigués, ils se lèvent tôt le matin, ils travaillent toute la journée et qui voudraient bien pouvoir se reposer le soir quand ils rentrent chez eux !

Yohann

Et alors ?

Adelina

Sois cool ! Bon. C’est vrai. On écoute de la musique. Mais pas toujours. Seulement quelquefois. Mais on peut faire attention si vous voulez.

M. Tenret

Vous pouvez pas aller ailleurs ? Il y a plein de parcs à Genève, avec des bancs et personne autour. Pourquoi vous venez ici, juste sous nos fenêtres ?

Yohann

On vous a rien demandé ; laissez-nous tranquille.

M. Tenret

Nous, les locataires, on va déposer plainte. Voilà ce qu’on va faire. Déposer plainte.

Yohann

Déposer plainte ! On vous a rien fait. On vous a pas insulté. C’est vous qui faites des histoires pour rien.

M. Tenret

Comment ça pour rien ? T’as vu comment tu me parles ? Tu sais quel âge j’ai ?

Yohann

Oui, vous êtes un vieux ! Ça se voit ! Vous n’aimez pas les jeunes. Espèce de vieux schnock !

M. Tenret

Ça suffit ! J’en ai assez ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’on va se laisser faire comme ça ?…

Mme Garcia

Qu’est-ce qui se passe ? Ah ! bonsoir. Monsieur Tenret, qu’est-ce qu’il y a ?

M. Tenret

Ils m’ont insulté ! Ces deux jeunes crétins m’ont insulté… J’ai essayé de leur dire… Ils m’ont traité de vieux con. Ils m’ont dit que je faisais des histoires pour rien.

Adelina

On vous a pas traité de vieux con, monsieur !

M. Tenret

Vous avez dit :  « espèce de vieux con ! »

Yohann

« …espèce de vieux schnock ! », j’ai pas dit : « espèce de vieux con », j’ai dit : « espèce de vieux schnock ! », c’est tout.

Mme Garcia

Ce n’est pas correct, jeune homme !

Adelina

Mais c’est lui qui a commencé. On lui a dit bonjour et il a même pas répondu !

Yohann

Et en plus, il nous a traité de crétins.

Mme Garcia

Laissez-moi faire ! Il y a un problème, il faut le régler. On va pas appeler la police pour ça, n’est-ce pas ? Vous savez ce qu’on va faire ? On va laisser parler le monsieur ; et puis après, vous direz tout ce que vous avez à dire. Monsieur Tenret, allez-y : ils vous écoutent.

M. Tenret

Ça ne sert à rien… Je leur ai déjà dit tout ce que j’avais à dire…

Mme Garcia

Il paraît que vous venez tous les soirs à plusieurs, ici, et que vous faites du bruit.

M. Tenret

Ils hurlent. Ils écoutent de la musique. Parfois, il y en a un qui reste assis sur son scoote ret qui laisse tourner le moteur. Ils boivent, ils fument, ils jettent leurs mégots par terre. De toute façon, c’est décidé, je porte plainte.

Mme Garcia

D’accord. Mais on peut écouter ce qu’ils ont à dire, eux aussi. Après, vous ferez ce que vous voudrez.

Adelina

C’est vrai qu’on aime bien se retrouver ici. Mais c’est parce que mes parents, ils habitent à côté et ils préfèrent qu’on n’aille pas dans le parc parce qu’il y a des problèmes là-bas. Vous avez raison : parfois, on fait du bruit. Mais on ne se rend pas compte. On est 4 ou 5 pas plus. On se connait depuis la primaire. On fait pas de mal.

M. Tenret

Je dis pas que vous faites du mal. Je dis que vous faites du bruit.

Mme Garcia

Vous comprenez… les gens se lèvent tôt. Ils travaillent toute la journée. Ils sont contents de trouver le calme quand ils rentrent chez eux… Vos parents à vous, ils travaillent ?

Adelina

Oui. Ils se lèvent à 6 heures !

Mme Garcia

Et le soir, quand ils rentrent, ils sont contents d’avoir la paix, non ?

Adelina

Ben, oui… bien sûr…

Yohann

Alors, nous, on va où, si on peut plus rester ici et pas aller au parc ?

M. Tenret

Quand on cherche, on trouve ! Moi, quand j’étais jeune, on allait sur les bords de l’Arve. On dérangeait personne… et puis, c’est pas très loin.

Adelina

Je ne sais pas si mes parents seraient d’accord.

Mme Garcia

En tout cas, vous ne devez pas continuer à venir vous rassembler ici. Si vous voulez, je vais parler à vos parents. Il faut trouver une solution.

M. Tenret

Mais moi, je dépose plainte ; j’ai été insulté !

Yohann

Allez, monsieur… Soyez relax… Je vous demande de m’excuser pour tout à l’heure. Je sais que c’était pas très poli de dire « vieux schnock » à quelqu’un. Mais il faut aussi nous comprendre.Vous aussi, vous cherchiez à être ensemble quand vous étiez plus jeune.

M. Tenret

Oui, mais on n’embêtait personne.

Adelina

C’est vrai qu’on vous a dit bonjour et vous n’avez même pas répondu !

Mme Garcia

Ecoutez, j’ai une idée ! Il y a dans un des deux autres immeubles dont je m’occupe un petit espace vert avec un banc. Vous pourriez vous rassemblez là-bas si vous parlez doucement, si vous ne faites pas tourner le moteur du scooter et si vous ne laissez pas traîner les mégots par terre.

Yohann

Avec tous ces si, il ne nous reste pas grand-chose.

Mme Garcia

Il vous reste le plaisir de vous rencontreret de parler librement. Est-ce que vous avez une autre idée ?

Adelina

Ça me paraît bien, non ?

M. Tenret

Si vous ne venez plus ici, moi je ne dépose pas plainte.

Adelina

Entendu, monsieur. On va choisir cette solution. Merci. Au revoir. Tu viens ?

Yohann

Mmh… Au revoir.

M. Tenret

Au revoir, madame Garcia.

Mme Garcia

Au revoir, monsieur Tenret.